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Pour une décentralisation avec un nouveau souffle
Ajouté le 01/07/2012 - Auteur : GEANTS

Confier la nouvelle phase de décentralisation à une finistérienne pourrait suffire, tant ce pays, parsemé d’éoliennes, est venteux. Marylise Lebranchu, femme, socialiste, ancienne agente de développement, semble avoir le profil idéal pour donner du baume au cœur aux tenants de la citoyenneté, de la démocratie territoriale et du développement local. Mais Dante, dans la Divine Comédie, nous exhortait déjà à ne pas croire en une seule personne, fut-elle providentielle : « Le renom dans ce monde n’est qu’un souffle de vent… qui change de sens en changeant de parti. ». Si les résultats électoraux peuvent remplir d’espoirs certains, il ne faut pas mésestimer le contexte qui est, c’est une litote, difficile.

Dans le désordre et sans préjuger de la véracité de nos hypothèses, notons toutefois que :

- Le Sénat, suite à son basculement à gauche, a lancé des états généraux de la démocratie locale, par un questionnaire à destination des élus. Etrange conception de la démocratie qui ne serait qu’élective…

- L’opposition entre les girondins et les jacobins a traversé les siècles depuis la Révolution Française. Quelle est réellement la conception de cette majorité conséquente, faut-il entendre les propositions tout métropole de Gérard Collomb ou faut-il se fier aux pratiques d’un ancien président de Conseil général de Corrèze ? Grand Paris ou communauté de communes du pays de Tulle ?

- Les budgets de l’Etat sont calamiteux et Jean-Marc Ayrault, ce jour, a déjà repris la maxime de la majorité précédente : « les collectivités devront faire un effort identique à celui de l’Etat sera mis en œuvre sur les concours financiers dès 2013 ».

- La dernière décentralisation, abusivement qualifiée d’Acte II par Jean-Pierre Raffarin, a consisté à du bricolage, des transferts du haut vers le bas, mais les questions de démocratie locale, de fiscalité, de péréquation, d’égalité des territoires sont restées en plan. Est-on absolument sûrs qu’il en sera autrement demain ?

- Les Régions sur la dernière mandature ont été assez timides sur les questions territoriales : des avancées contractuelles, mais un souffle timide, dans l’innovation, l’expérimentation territoriale. Si elles ont respecté les principes de la loi Voynet, elles n’ont guère été au-delà de ses obligations.

- Dernier élément mais central de notre point de vue, une abstention qui continue à croitre, des votes protestataires de plus en plus nombreux, dans des territoires notamment où les questions de l’immigration ou de la désindustrialisation ne peuvent servir de paravents…

S’il est probable qu’il faille une nouvelle phase de décentralisation, de toutes les façons, c’est au programme, c’est nécessaire mais pas suffisant.

D’abord un diagnostic, ensuite de la proximité, en passant par une redéfinition du politique, pour aller vers de nouveaux contrats avec la société civile, voilà pour nous le menu d’une nouvelle décentralisation. Rien que ça !

D’abord un diagnostic…

La France va mal, ce ne sont pas Fitch ou Moddys qui le déterminent à coups de dégradations, ce sont les urnes, ce sont les tensions, les angoisses, les méfiances, les défiances. La France a rejeté le 6 mai le pouvoir d’un seul homme, elle n’est pas pour autant prête à se satisfaire du pouvoir d’un seul parti, fut-il socialiste.

La France va bien, aussi, ce sont les pages locales des quotidiens de province qui le démontrent. Il n’y a jamais eu autant d’associations, les Français sont généreux, altruistes, engagés. Des circuits courts, des coopératives, des réseaux sociaux, des collectifs alternatifs se mettent tous les jours en place et quasiment partout.

Ces deux visions sont caricaturales, manichéennes et dressent le portrait d’un français schizophrène. Dans tous les cas, elles incitent à prendre quelques semaines pour mieux comprendre la France et les Français. Nous avons besoin d’un diagnostic partagé, vieille méthode du développement local. Il ne s’agit pas de demander à tel expert, tel haut fonctionnaire, tel consultant ce que nous sommes, ce que nous avons. Il ne s’agit pas plus de fournir la solution, la décentralisation, avant d’avoir compris ce qui clochait et ce qui allait. Il n’est pas supportable au XXI° siècle, informatisé, médiatisé, communicationnel de traiter le français comme un citoyen occasionnel, lors des consultations électorales. Il y a aujourd’hui des expertises d’usages multiples, foisonnantes, riches qui valent toutes les études d’impact parlementaires ex-ante.

Ensuite de la proximité

La décentralisation la plus sensible pour les citoyens n’est pas la plus visible, ni la plus lisible. C’est la montée en puissance des intercommunalités dites de projets depuis le début des années 1990. Mais, la montée en compétence, en puissance des intercommunalités, à fortiori des agglomérations, ressemble aujourd’hui à la construction européenne : des transferts conséquents, une technicisation croissante, un « contrôle » démocratique proche de l’inexistant. Portrait à charge, alors que nous sommes, depuis toujours de fervents défenseurs de cette intercommunalité de projet. Mais « qui bene amat, bene castigat ». Il ne faudrait pas que ces structures territoriales inventives connaissent demain la même opprobre que l’Union européenne.

Parier sur la décentralisation, par opposition avec la perspective Raffarin, c’est faire la pari de l’ascendant, de la subsidiarité. En reprenant le titre du documentaire de Coline Serreau, il s’agit de promouvoir  des « solutions locales pour un désordre global ».  il ne s’agit pas de verser dans le localisme, mais de constater que les mains secourables sont au bout de nos bras. Si l’Etat ne peut pas tout, ce n’est pas une décentralisation descendante qui y remédiera, il est probablement temps de (re)faire le pari du développement local.

Les acteurs sont nombreux, ils sont formés, compétents et raisonnables. On les trouve élu, agent de développement, responsable associatif, chef de petite entreprise, agriculteur ou militant. Faire la pari de la décentralisation, c’est leur confier les clés du camion.

Attention, le plus probable est que la nouvelle décentralisation se cantonne à clarifier les compétences des uns et des autres, éviter les doublons, moderniser l’Etat en transférant aux collectivités telle mission ou tel équipement, c’est nécessaire, mais loin du compte !

En passant par une redéfinition du politique

Cela doit passer aussi par une redéfinition du politique. Nous voulons des élus normaux ! Des élus qui rencontrent les acteurs, qui font remonter des projets, qui, in fine, dans un processus délibératif clair, tranchent, car ils sont les garants de la bonne utilisation des derniers publics. Un élu animateur, un élu facilitateur. Nul besoin d’un génie des Carpates, il est temps aujourd’hui de capitaliser les années d’expériences de démocratie, de participation, de mobilisation, pour refaire société. Ce n’est pas une utopie nationale qui le permettra, mais, plus probablement les nombreuses petites expériences, espérances locales.

Aucune place pour une opposition entre démocraties participative et représentative. Il n’y a pas de développement sans élus, mais ce n’est pas parce qu’il y a des élus, qu’il y a automatiquement du développement.  Il ne fait pas se satisfaire de la défiance/méfiance à l’endroit des élus, mais il ne faut pas non plus la nier. La participation aux dernières élections régionales, cantonales et même législatives a été faiblissime, il faut le prendre en compte, ne pas s’en satisfaire et refaire de l’éducation civique, de l’éducation populaire. Les citoyens s’intéresseront à nouveau à la politique quand il seront sûrs que la politique les prend en compte.

Pour aller vers de nouveaux contrats avec la société civile

Nulle place ici pour des demandes intéressées, vénales, quoi que… La société civile, les acteurs associatifs, les tenants de l’économie sociale et solidaire, les militants du développement durable, les initiateurs du développement local, ont besoin d’un cadre de travail qui passe par de la reconnaissance de leurs apports, de leurs expertises, de leurs capacités avérées à faire société, à jouer collectif. C’est, de notre point de vue, ce dont la France a le plus besoin ! La décentralisation n’est qu’un prétexte. Elle est un moyen de parvenir pas un but en soi.

Pour ce faire, il y a plus besoin d’initiatives comme celles de l’Unadel, de la CPCA, du Collectif des Associations Citoyennes, de Pouvoir d’Agir, de l’ancienne Adels, dont nous ne faisons pas le deuil. Le président du Sénat a annoncé cette semaine « une véritable décentralisation avec une clarification des compétences. Nous allons très rapidement mettre en place dans les départements et ensuite sur Paris les Etats généraux de la démocratie territoriale. Ils auront lieu en octobre à la Sorbonne. » Tout commença là en 1968, nous n’appelons pas de nos vœux de telles manifestations, loin de là, mais que le génie des acteurs soit reconnu, dans ces lieux pleins de génie…

Il ne s’agit nullement d’inquiéter, mais de faire comprendre que la décentralisation peut être du mécano institutionnel, des transferts comptables ou un projet de société. C’est ce que nous appelons de nos vœux.

Cela se fera entre élus nationaux et locaux entre fonctionnaires d’Etat et fonctionnaires territoriaux et cela ne produira pas beaucoup plus que les décentralisations précédentes. Cela se fera avec les citoyens, ce sera peut-être un peu plus long, complexe, mais cela peut « réenchanter le monde ». Il est temps !

« La pensée est plus qu’un droit, c’est le souffle même de l’homme. » de Victor Hugo  dans Actes et paroles.


Olivier Dulucq

 

 

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